Vie d'écrivain: la direction littéraire

Vie d’écrivain: la direction littéraire

Le métier d’auteur est mystérieux. Certains le perçoivent comme but un quasi impossible à atteindre, d’autres, au contraire, comme un passe-temps qui se pratique les soirs et les week-ends. Pour moi, c’est un métier, un vrai, qui demande sérieux et rigueur.

Depuis que j’en suis, on me pose mille et une questions sur ma démarche, le processus d’édition, les difficultés et les joies de voir son livre lu par les yeux de quelqu’un d’autre. J’ai donc décidé d’écrire une série de textes sur mon expérience. Comme je suis en plein processus d’édition, l’inspiration vient facilement! Mon vécu n’a rien d’exhaustif : je pense que chaque auteur a son processus d’écriture et chaque expérience d’édition est différente. Mais, dans les grandes lignes, il y a certainement des croisements.

Que vous soyez simplement un intéressé ou un auteur en devenir (ou un écrivain tout court), j’espère que cette série saura vous être utile. Vos commentaires et questions sont, évidemment, les bienvenus.

La direction littéraire

Je commence avec la direction littéraire pour la simple et bonne raison que c’est l’étape où j’en suis avec mon prochain roman, Clair de Terre. Après avoir écrit son manuscrit et que la décision de le publier a été prise (par vous ou un éditeur), il faut passer en direction littéraire. C’est, en gros, le regard extérieur sur votre roman qui vous permettra de resserrer le rythme, de ficeler plus finement votre narration et de vous assurer que le tout est cohérent.

J’ai personnellement une relation d’amour-haine avec la direction littéraire. Parce que le rôle de la directrice littéraire (j’ai toujours travaillé avec des femmes) est de détruire votre manuscrit et de n’en laisser que quelques fragments épars. À vous de le reconstruire.

J’exagère, mais c’est quand même proche de la réalité. Surtout dans les premiers romans, mais c’est encore vrai à mon quatrième. C’est le moment de l’écriture où je me dis toujours : « pourquoi je fais ça? » Parce que c’est un rite de passage cruel. Écrire un manuscrit, c’est très long. On y passe des heures et des heures. Et lorsqu’on le fait lire à nos parents et amis, tous trouvent cela excellent, n’ayant que de petites modifications à vous proposer.

C’est comme ça qu’on sait si on a une bonne directrice littéraire ou pas. Si elle vous dit que vous devriez changer deux ou trois paragraphes sur vos 65 000 mots, changez de directrice. Si la seconde vous dit la même chose, vous avez mon admiration sans bornes, mais les chances sont que vous retourniez à la maison la tête basse, un peu découragé. Ce n’est pas pour rien que Nicolas Boileau, dans son Art poétique, écrivait :

Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,

Polissez-le sans cesse, et le repolissez,

Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

Trop, trop vrai.

Pour vous donner un exemple, Clair de Terre fait à peu près 65 000 mots. J’en ai effacé 8500. Ouep. C’est plus de 10 % et c’est sans compter tout ce que j’ai effacé avant, à l’étape du manuscrit. Et j’ai changé l’ordre de je ne sais plus combien de chapitres. Très chiant ça. Il faut tout relire pour être sûr que le fil narratif tient toujours.

C’est ma première passe en direction littéraire sur Clair de Terre, j’en fais normalement deux ou trois… Quand on sait qu’un auteur écrit en moyenne 1000 mots par jour de travail, je vous laisse faire le calcul. Mais il ne faut pas estimer son travail ainsi. Écrire, c’est un processus et la direction littéraire est un passage obligé, essentiel. Pour ma part, jamais — j’insiste : jamais — je ne publierais un roman sans direction littéraire.

Il ne faut pas oublier qu’au bout du compte, c’est toujours vous, l’auteur, qui a le gros bout du bâton. Les décisions vous reviennent. La directrice littéraire n’est là que pour vous indiquer quel est, selon elle, le meilleur chemin. À vous de le suivre ou non et de vivre avec les conséquences.

Et c’est très valorisant… à la fin! Quand on se rend compte que notre roman est mille fois meilleur qu’il l’était, on est content. Et on se dit toujours qu’au fond, ce n’était pas si pire.

Jusqu’à la prochaine fois.