Faire affaire avec un imprimeur

Faire affaire avec un imprimeur

Je dois y aller d’un autre avertissement. Les imprimeurs vont croire que je les déteste. Ce n’est pas vrai. C’est juste que leur industrie est compliquée pour le néophyte.

J’ai fait affaire avec un imprimeur vraiment reconnu au Québec. Je n’ai pas été déçu, la qualité des livres est remarquable.

Ceci étant dit, c’est difficile de s’y retrouver pour un débutant. Il y a plusieurs variables qui entrent en jeu et qui peuvent altérer le prix / la qualité de votre projet. Et on ne vous les explique que lorsqu’elles deviennent un problème. Le meilleur conseil que je peux vous donner, c’est d’arriver avec un esprit ouvert. À moins que vous en souhaitiez un livre très standard (c’est un format plus rare qu’on le pense), le mieux est de s’asseoir avec votre représentant et de voir ce qu’il est possible de faire. Une idée souple vous sauvera beaucoup d’argent.

Malheureusement, l’idée souple va à l’encontre de mon second conseil qui est de mettre le livre en page avant de faire affaire avec un imprimeur. Idéalement, votre livre serait parfait, prêt à partir à l’impression quand vous demandez une soumission. C’est difficile à faire et ça vous coupe des options. À vous de voir quelle est la meilleure stratégie à prendre en lisant la suite.

Quelques conseils de négociation

Vous pensez avoir trouvé votre imprimeur et vous vous sentez en confiance. Super. Maintenant, le truc de l’imprimeur, c’est de vous demander de payer avant réception de la marchandise. Le plus souvent, c’est 50 %. C’est de bonne guerre : après tout, les montants en jeu peuvent devenir rapidement élevés et ce n’est pas aux imprimeurs à financer pendant quelques mois l’impression des livres d’un éditeur.

L’affaire, c’est qu’une fois que vous avez payé la moitié du magot, vous êtes pris avec votre imprimeur. Alors chaque petite modification vous coûte un maximum, souvent sans raison apparente. Préparez-vous donc au maximum et négociez tout ce que vous pouvez avant de verser votre argent.

Quelques trucs à penser :

  • Faites la mise en page de votre livre avant de demander des soumissions. Sinon, demandez à votre imprimeur qu’il vous fasse un prix ferme pour un livre de (exemple) 275 pages +/- 10 pages. Comme ça, vous pourrez jouer avec votre mise en page (une page de remerciement de plus, un caractère un peu plus gros…) sans mauvaises surprises. Mais le mieux est encore d’arriver avec votre livre déjà monté.
  • Refusez la tolérance de 10 % (en numérique). C’est un vieux truc qui vient du monde de l’offset. Quand ces grosses machines partent, l’imprimeur argue qu’il est difficile de l’arrêter à, par exemple, 300 copies pile. Il y aura toujours un jeu de +/- 10 % qui est chargé, mais à un (légèrement) meilleur taux, au client. Le truc, c’est qu’en numérique, c’est très précis, il n’y a pas à avoir ce seuil de tolérance. Et bizarrement, ce seuil de tolérance est toujours rempli au maximum. Ça ressemble drôlement à une façon de se faire un peu plus d’argent sur chaque contrat. Donc, refusez net ce seuil de tolérance ou négociez-le en contrepartie d’autre chose.
  • Essayer d’avoir les épreuves papier. Plusieurs imprimeurs vont vous offrir de vous envoyer les épreuves en PDF, mais réviser une épreuve sur un écran n’est pas la même chose que sur du papier. Il y a parfois un coût associé à l’envoi de l’épreuve papier, alors faites-en un point de négociation.
  • La correction d’épreuves. Corriger une épreuve chez un imprimeur coûte cher – très cher! Une fois l’épreuve faite, changer une page (parce que vous avez trouvé une dernière coquille, par exemple) peut vous coûter une quinzaine de dollars! Si vous devez changer 13 pages sur votre roman qui en fait 673, cela fait 195 $ en corrections! Essayer de voir si vous ne pouvez pas abaisser ce taux au départ. Sinon, essayer de voir comment vous pourriez valider votre mise en page sans avoir à tout corriger si ça ne vous plait pas.
  • Les délais de production. Les délais pour un imprimeur sont un casse-tête. Leur objectif est de faire en sorte que leurs machines roulent tout le temps. Il y a donc de très nombreux conflits de coordination. C’est difficilement négociable, mais si vous avez une date de lancement en tête, faites-le savoir rapidement et, surtout, prenez-vous d’avance. L’été est une période particulièrement active pour les imprimeurs, alors les délais y sont plus grands et moins souples.
  • Faites faire plusieurs soumissions. J’ai demandé des soumissions à près d’une dizaine d’imprimeurs en indiquant la taille, le type de papier, l’orientation du grain, le nombre de pages approximatives pour avoir des soumissions comparables et choisir celui qui, à mon avis, me donnait le meilleur rapport qualité-prix. N’hésitez pas : les prix varient beaucoup de l’un à l’autre, selon le produit que vous recherchez. Et quand ils savent que vous faites soumissionner plusieurs imprimeurs, ils ont tendance à vous donner leur meilleur prix.

Numérique ou offset?

« L’offset (de l’anglais “to set off”, reporter) est un procédé d’impression qui est en fait une amélioration de son ancêtre, la lithographie, par le remplacement de la pierre lithographique par une plaque cintrable, adaptée à un cylindre, et l’ajout d’un blanchet autour d’un cylindre porte-blanchet (ou cylindre offset), entre le cylindre porte-plaque et le papier. » – Wikipédia

Ne vous en faites pas si vous n’avez pas compris, moi non plus, je ne pige pas trop. Ce qu’il est important de comprendre, c’est que « l’offset » est une méthode vieillissante d’impression, de plus en plus remplacée par le numérique. Cependant, elle demeure supérieure pour de très gros volumes et permet une impression d’une très grande qualité. Si c’est ce que vous cherchez, vous me parlerez de votre expérience, je suis curieux.

Si vous souhaitez imprimer de petites quantités, le numérique est pour vous. C’est une méthode d’impression précise et généralement peu coûteuse puisqu’elle ne nécessite pas toutes les manipulations obligatoires en impression « offset ».

Cependant, renseignez-vous bien pour savoir si votre encre « luit ». J’ignore la véritable raison de ce phénomène, mais certaines imprimantes numériques donnent un fini lustré aux noirs. Ce qui fait que les lettres de votre texte luisent à la lumière, alors que le reste de votre page est matte. Peut-être que cela ne vous dérange pas, personnellement, je ne trouve pas ça top.

Heureusement, il y a de nouvelles générations d’imprimantes numériques qui évitent ce genre de faux pas. Tout est bien alors? Nan! Encore une fois, j’ignore si c’est le cas de toutes les imprimantes, mais celle que mon imprimeur utilisait pour mes pages intérieures ne faisait pas de belles images. J’aurais voulu inclure une carte de la Lune dans mon dernier roman, mais non! L’image aurait été trop moche.

Il y a donc un jeu de priorités à hiérarchiser lorsque vous décidez d’imprimer votre livre. Certaines imprimantes coûtent plus cher à opérer (ou sont-elles simplement plus en demande? Mystère…) que d’autres, alors si vous voulez que tout soit au top du top, vous verserez plus d’argent à votre imprimeur.

 

Et dire qu’on s’éviterait (presque) tout cela si tout le monde était passé au livre numérique…