Vie d'écrivain: la révision littéraire

Vie d’écrivain: la révision littéraire

Enfin, la direction littéraire est terminée! Il est maintenant temps de passer à la révision. On est tous au courant, la langue française est capricieuse.  Sa syntaxe en est une de détails, le sens de ses mots est souvent double, voire triple, et sa grammaire peuplée d’exceptions. Même avec la meilleure volonté, après quelques milliers de mots, nous finissons tous par tomber dans quelques pièges.

C’est pourquoi le travail de révision est essentiel. Et j’avoue avoir beaucoup d’admiration pour celles qui le pratiquent. (J’utilise encore le féminin pour simplifier le texte puisque la majorité des réviseures avec qui j’ai travaillé étaient des femmes). C’est une tâche minutieuse et érudite. Elles connaissent les anglicismes, les barbarismes et tous les « -ismes » qui se glissent dans notre langue quotidienne. Elles savent où couper les mots, quand il faut utiliser les tirets ou les traits d’union puis s’assurer que les références et illustrations dans un texte soient présentées de manière cohérente.

Rien de facile, donc, dans ce métier. Et comme on cherche à atteindre la perfection (pas de pression, hein?),  impossible pour une seule personne d’y voir parfaitement clair. C’est pourquoi, généralement, on fait affaire avec deux réviseures : la première pour défricher, la seconde pour le travail de finition. Deux tâches qui demandent des compétences relativement différentes.

Toutes les révisions ont pour objectif de faire disparaître les fautes d’orthographe et les formulations douteuses. C’est un travail sans fin, qui devient de plus en plus subjectif au fur et à mesure que le texte s’épure. Décider de tourner une phrase par-devant ou par-derrière, cela vient souvent d’un sens esthétique. Et comme devant l’œuvre d’un peintre,  chacun réagit différemment.

Il y a, par contre, des maux qui affligent tous ceux qui écrivent. On les appelle souvent les « tics » d’écriture. Ce sont des mots, des expressions, des temps de verbe ou des structures de phrases qu’on finit par utiliser à outrance. Il s’ensuit une banalisation du style, la répétition lassante de certains vocables ou encore une imprécision dans les termes (par exemple, le verbe « faire » s’utilise à toutes les sauces alors qu’il vaudrait mieux parfois utiliser des verbes comme produire (faire un film), nettoyer (faire le ménage), cuisiner (faire à manger), etc.).

Le plus mesquin, le plus cruel, c’est qu’en tant qu’auteur, on ne les aperçoit pas. On a beau les relire, cela nous apparaît comme des formulations naturelles.  C’est pourquoi le premier réviseur doit mettre un effort particulier à découvrir ces manies et à les extraire du texte pour en clarifier la forme et rendre la lecture plus fluide. C’est un peu comme les mauvaises herbes : s’il y en a trop, elles finissent par cacher la beauté du jardin.

La seconde réviseure, quant à elle, effectue un travail de polissage. Alors que la première désherbe, la deuxième s’assure qu’il n’y ait pas de poussière sur les pétales des fleurs. Elle trouvera habituellement quelques ronces oubliées, de petites erreurs cachées, mais sa besogne en est principalement une de détail.

Elle reçoit le texte dans sa forme finale, c’est-à-dire tel que le recevra plus tard l’imprimeur. Elle s’assure que tout soit à sa place, qu’il n’y ait pas eu d’oublis lors de la mise en page, que la césure des mots soit faite selon les règles, qu’on utilise les italiques et les guillemets de façon constante tout au long de l’œuvre. Un travail fait à la loupe et qui demande une grande concentration.

Enfin, il importe de dire que le mot final sur toutes les révisions faites par les réviseures revient à l’auteur. Un auteur peut choisir de mal écrire un mot ou d’utiliser une syntaxe qui peut sembler douteuse. Plusieurs réviseures proposent aussi des synonymes ou des expressions et on a parfois l’impression, en tant qu’écrivain, que ceux-ci ne cadrent pas dans notre style. Il s’agit donc, en plus, d’une profession qui demande beaucoup d’humilité. Ce ne sont pas tous les auteurs qui aiment qu’on joue dans leur texte et certains refusent pratiquement toutes les suggestions en bloc.

Ce n’est pas mon cas, bien sûr!  ;-)